Notre dixième convoi est arrivé le 18 octobre à Ouman. Composé comme à l’accoutumée de sept fourgons, il transportait quelque 10 tonnes d’aide.
Aux équipements médicaux et paramédicaux habituels s’ajoutaient notamment cette fois-ci deux respirateurs offerts par le groupe hospitalier privé Ambroise Paré-Hartmann, ainsi que plus 500 jeux éducatifs cédés par la papeterie Clairefontaine.
Notre dernière mission sur place remontait au mois d’avril. Mais entre-temps, nous avions affrété deux semi-remorques: le premier à destination de Jytomyr en août, et le second chargé de huit tonnes de compresses, à destination des antennes médicales déployées à proximité du front oriental, via Ouman.
La mobilisation de nos membres actifs et bienfaiteurs demeure en tout point exemplaire. Et cette nouvelle marque de solidarité a été d’autant plus appréciée qu’à l’approche des premiers grands froids les incertitudes étaient plus lourdes que jamais. Iryna Pletnova, la maire d’Ouman, les a ainsi résumées, en nous recevant dans son bureau.
« Céder des territoires à notre à notre grand voisin insatiable?
Cela l’arrêtera peut-être pendant deux ans, puis il repartira en guerre après s’être réarmé .
Je ne vois pas de solution.
Il va nous falloir vivre avec le son permanent des sirènes d’alertes, tenaillés par l’inquiétude.
Il va nous falloir continuer à aménager des abris, pour faire en sorte que les enfants puissent continuer à étudier pendant la guerre, et améliorer les conditions de vie des personnes déplacées.
La vie continue mais nous devons nous résoudre à une guerre longue ».
En appui de ses propos, les sirènes d’alerte ont retenti pour signaler le survol de la ville par des missiles ou drones. « La prochaine fois, nous descendrons aux abris », sourit notre hôte, avant d’évoquer l’intensification des frappes russes contre les installations énergétiques qui visent à plonger le pays dans le noir et le froid et à briser toute résistance.
« On répare, mais on risque de manquer de gaz et d’électricité (…) Ce sera difficile, mais on supportera. Nous n’avons pas le choix », dit-elle.
« Certains sont fatigués. Il est vrai que nous manquons d’armes pour lancer une contre-offensive, et que nous sommes condamnés à nous défendre. Mais les vrais patriotes sont mobilisés pour assurer la victoire ».
Comme elle, la plupart de nos interlocuteurs mettaient en avant leurs espoirs paix. Mais pas à n’importe quel prix. Et doutaient que ce souhait soit partagé par l’ennemi.
Nous sommes repartis d’Ouman avec une liste de courses aux priorités éloquentes, en prévision de notre prochaine mission. Elle comporte encore et toujours des pansements, des compresses, des garrots pour stopper l’hémorragie, du matériel chirurgical etc.
L’équipe de 14 conducteurs qui avait effectué sa jonction à la frontière polonaise s’est scindée au moment d’attaquer la route du retour.
Les « nordistes » -venus de Lille, Paris, Dijon et Romilly-sur-Seine- ont fait étape à Vinnytsia, une ville de 430.000 habitants située à 160 km à l’ouest d‘Ouman.
Elle avait rendez-vous avec avec le vice-maire, Vladyslav Skalskyy, qui a exposé les difficultés engendrées par l’afflux de quelque 45.000 personnes déplacées.
L’échange a été l’occasion d’évoquer un possible soutien, en appui d’un partenariat récemment signé entre la cité ukrainienne et Dijon, où est implantée l’une de nos sept antennes régionales.
Dans l’immédiat, nous avons remis trois palettes d’aide médicale, de médicaments, de compresses stériles et de compléments alimentaires au médecin chef des urgences de l’hôpital, Sherhii Kovalenko.
Les «sudistes» -venus de Rognes- ont emprunté les 273 km de ligne droite et quasi déserte conduisant à Odessa, la deuxième ville du pays, qui compte plus d’un million d’habitants.
Le grand port sur la mer noire est régulièrement la cible des drones et missiles ennemis. Nombre de bâtiments inspirés par l’architecture française et italienne portent les stigmates de ces attaques.
Des ouvriers s’affairent toujours dans la cathédrale orthodoxe de la Transfiguration éventrée par un missile russe en juillet 2023. Les immeubles autour du musée Pouchkine et du Théâtre national académique d’opéra et de ballet sont calfeutrés à l’aide de planches de bois et des parpaings. Aux alentours du boulevard Primorsky, une palissade est tapissée sur une vingtaine de mètres de posters anti-guerre.
Un représentant de hôpital militaire de la région sud nous a fourni une liste des besoins les plus urgents, à la faveur d’une rencontre exploratoire.
Quelque part dans la ville, des volontaires nouent sur des filets de camouflage des bandes de tissus de couleurs variables en fonction des saisons: vertes en automne, marrons en été, blanches en hiver. Le responsable affirme avoir fourni 5.216 filets représentant 124.000 m2 soit la superficie de 17 stades de football.
Ailleurs, des petites unités de volontaires appartenant à ce qu’il est convenu localement d’appeler « l’armée des imprimantes 3D » sont à l’oeuvre. Elles fabriquent des munitions anti drones dotées d’ailettes, à partir de filin de plastique.